Chut!! Ne le dites à personne ...
Blocages et difficultés à communiquer le message de L’Arche
Partager notre « nourriture » de L’Arche, notre expérience, notre message n’est pas si simple pour nous! Mais pourquoi? Quelle est votre propre réponse à cette question? Pensez-y! Cet article est un point de départ, non une réponse définitive. Vos propres réflexions et discussions aideront la question d’aujourd’hui à être la solution de demain.
Peut-être pensez-vous que j’exagère le problème. Lisez d’abord l’histoire suivante, et dites-moi ensuite ce qu’il s’y passe :
Un membre de L’Arche court un demi-marathon!
D’accord, pour ceux dont l’activité physique ne va pas plus loin que l’arrêt d’autobus, même un quart de marathon semble impressionnant. Mais soyons honnêtes, ça n’attirera pas beaucoup l’attention des médias. Il est difficile de nos jours d’éviter des types déguisés en Darth Vader ou Yogi-bear, etc s’agitant et suant pour la charité le long de Queen’s Highway. Cependant,le membre en question a une déficience : ce simple fait met son exploit dans une catégore à part. L'agent de communication de L’Arche flaire une histoire humaine et attachante, un « triomphe sur l’adversité » à la gloire de la détermination et du courage, avec en toile de fond le soutien de L’Arche, des amis et de la famille.
Les médias vont adorer : enfin, quelque chose de touchant, pour nous changer des mauvaises nouvelles. Le responsable de communauté de L’Arche aussi se montre enthousiaste du côté publicitaire (« oui, bonne idée, vas-y »), mais émet une étrange réserve : « mais… ne dis pas qu’il a une déficience intellectuelle! »
Valse hésitation
Au revoir histoire touchante, bonjour questions inconfortables. La première consiste à demander au coureur sa propre vision de la question. A-t-il(elle) été consulté? Mais tout aussi important, pourquoi un responsable de communauté de L’Arche serait-il réticent à évoquer la déficience?
Si le coureur est présenté comme cas unique, alors ce n’est que l’histoire d’une excentricité individuelle, ayant peu de signification sauf pour sa communauté. Mais je ne crois pas que ce soit ici un cas unique, en partie parce que je ressens moi-même le dilemme du responsable. Peut-être révèle-t-il une certaine ambivalence – ou de façon plus controversée un « complexe » - par rapport à la déficience.
Sommes-nous inhibé par un désir compréhensible de ne pas être étiqueté, de ne pas attirer l’attention sur un aspect de la vie d’une personne au détriment de sa personnalité en général? Comment ne pas laisser ce désir nous paralyser? Et est-il surprenant que nos coordinateurs des communications aient parfois de la difficulté à interpréter nos signaux concernant le transmission du message de L’Arche?
Plus largement, la plupart d’entre nous sûrement ont vécu l’embarras de rencontrer des gens habitant une petite ville où se trouve une communauté de L’Arche, qui disent n’avoir jamais entendu parler de L’Arche! Qu’est-ce que cela dit sur nous? La publicité nous cause-t-elle un malaise collectif?
Notre processus d’Identité et de Mission, en fait, confirme notre timidité en ce qui a trait aux communications externes. Mais, à ma connaissance, il ne tente pas de l’expliquer. Cet article est une tentative de combler ce vide. Les raisons sont sans doute nombreuses. Prenez un pause ici, et profitez-en pour noter les cinq premières qui vous viennent à l’esprit.
Pause... pause ... pause...
L’un des accomplissements de notre processus d’Identité et de Mission fut de reconnaître que diffuser notre message est une partie intégrante de notre vie communautaire. Très bien, mais étant donnée la pénurie actuelle de fées et magiciennes pour réaliser nos souhaits, le passage du slogan à la réalité pourrait être long. Il n’aura pas lieu, à moins que nous ne faisions face à des problèmes profondément enracinés concernant la notion même de publicité. Voilà le sujet de cet article.
Blocages et difficultés
Voici ma propre liste de cinq blocages et difficultés de notre désir de propager notre message. Faites votre propre liste et commentez la mienne!
1. Les situations de crises
Sans surprise, les crises « normales » de la communauté viennent en tête de ma liste. Je suppose qu’il n’est pas nécessaire de donner des détails. Ce serait facile, mais hors du sujet de cet article. Notons simplement qu’éteindre les incendies se fait au détriment de la planification de l’avenir et ronge notre confiance en notre message : les communications externes sont un dommage collatéral d’une crise dans la communauté.
2. L’Arche n’est pas une marque de bière!
Dans une discussion survenue il y a quelque temps sur le jargon de L’Arche et comment il nous empêche d’être facilement compris, j’ai testé l’eau en proposant de laisser tomber « l’annonce de L’Arche » pour « la publicité de L’Arche ».
L’eau était brûlante! « La publicité sent la manipulation, Jim », désapprouvèrent-ils en chœur, « jamais L’Arche ferait ça! On sait que la publicité tente les gens pour leur faire acheter des choses dont ils n’ont pas besoin… sois honnête, Jim, n’attire pas le diable : suggères-tu vraiment que notre société n’a pas besoin de ce qu’offre L’Arche? »
Juste avant le désastre, j’ai couru à l’abri. Avec mes excuses aux maisons de publicité, j’ai l’impression que les plaintes étaient justifiées : « vendre » ou « publiciser » le message de L’Arche serait sûrement contre-productif. Bien entendu, personne ne pense que L’Arche devrait être promue comme une marque de bière, avec quelque cowboy proclamant de sa voix profonde que L’Arche est « probablement le meilleur organisme/donneur de soins au monde »!
De telles stratégies vendent assurément beaucoup de canettes de Heineken. Cependant, je ne peux m’empêcher de penser que cette approche ne cadre pas vraiment avec l’humilité des Évangiles. Mais si cette voie nous est fermée, nous nous retrouvons dans une situation ambigüe : la nécessité de montrer la valeur de la communauté et des personnes avec une déficience, sans nous compromettre dans un monde publicitaire dont les valeurs sont opposées aux nôtres.
Est-ce que j’exagère cette séparation? Prenons la valeur de l’ « authenticité » en exemple, puisqu’elle est un ingrédient essentiel de tout message de L’Arche. En général, une personne avec une déficience intellectuelle significative ne feint pas être quelqu’un d’autre : pas de faux-semblants, d’entourloupettes, de duplicité ou de tours psychologiques : le contraste avec la culture du marketing ne pourrait être plus marqué, de nouveau avec tout mon respect aux personnes concernées.
Montrer cette honnêteté dans notre message sur L’Arche est en désaccord avec une société ou un média qui valorise la perfection physique, le maintien des apparences, les relations fortuites et superficielles et la dissimulation de nos imperfections.
Comment réconcilier les deux sans y perdre notre âme? Si la superficialité apparente et la manipulation du monde du marketing se heurte à l’authenticité de L’Arche et des personnes avec une déficience, quel ensemble de principes devons-nous établir afin d’en éviter les pièges et champs de mines et donc rester fidèles à nous-mêmes?
3. Vision idylique!
Par « vision idylique» j’entends les non-sens évidents que nous laissons parfois entendre sans le vouloir. Par exemple, dans notre effort de mettre l’accent sur le positif, ne diminuons-nous pas parfois la réalité de la déficience pour la rendre plus « glamour »? C’est une question essentielle pour L’Arche : comment aborder la réalité de la déficience en respectant l’intégrité de chaque partie, de chaque aspect de la vérité?
Un exemple personnel lillustrera le problème. Transporté par mes premiers mois dans la communauté d’Inverness, je suis retourné chez moi pour Noël électrisé par une vision radicale du don mutuel. Dans une conversation avec ma sœur, j’en rajoutais encore et encore sur comment nous prenons soin les uns des autres à L’Arche, « comme des amis ». En mère de deux enfants avec une difficulté d’apprentissage, elle ne fut pas aussi emportée que j’espérais par mon enlevante description du paradis. Au contraire, elle me dit qu’à m’entendre il semblait même que personne dans la communauté d’Inverness n’avait de déficience!
Bien sûr, elle avait raison, comme souvent avec les grandes sœurs. Mais je n’avais pas complètement tort. Mon portrait simpliste de la communauté avait enjolivé la déficience, ce qui signifie que je n’avais pas reflété la réalité entière de la vie communautaire à ma sœur qui ne connaissait pas L’Arche.
Presque trois décennies plus tard, cette question est toujours d’une brûlante actualité à L’Arche, comme le démontre la « facile naturalisation » récemment décrite par Pamela Cushing dans le Point de rencontre :
« J’ai peur que vous oubliiez le caractère radical de ce que vous vivez, que vous banalisiez la vie commune avec les personnes accueillies dans vos communautés, que vous oubliiez le radicalisme qui se cache derrière l’ordinaire des tâches quotidiennes qui occupent la majeure partie de la vie d’un assistant […]. Il y a une raison à cette banalisation – bien sûr, vous voulez que cette vie semble naturelle : vous voulez que ces relations par-delà l’handicap et la différence se développent naturellement. »
C’est vrai : nous sommes à L’Arche des experts dans la naturalisation de l’exceptionnel, et prenons pour acquis que les autres, même dépourvus de notre expérience, partagent notre vision. Mais ce n’est pas aussi simple, et c’est à nous de surmonter l’obstacle.
L’intuition fondatrice de L’Arche est la « force » qui émane de la « faiblesse », la « richesse » de la « pauvreté », etc. Pour ceux d’entre nous qui l’ont vue en action, dans leur propre vie et dans celle de leur compagnons, cette image est devenue un paradoxe puissant et inspirant, une source vitale de contemplation, de joie et d’espoir, un éclair entr’aperçu de la beauté éternelle; pour plusieurs d’entre nous, cela s’enracine dans notre foi en la promesse de Jésus d’une vie nouvelle libérée de toute mort, ici même et maintenant : le mystère saisissant de l’agnus qui vivit, sempers occisus de la liturgie de Pâques : « l’agneau qui vit, toujours égorgé ». C’est une image qui pour moi et plusieurs parmi nous possède de nombreux niveaux. Mais pas pour tous.
En fait, pour un grand nombre de gens, cette image n’est pas un paradoxe inspirant mais une contradiction complètement absurde : la pauvreté, la souffrance et la faiblesse ne sont, dans le langage informatique, que du « wiswyg » ce qui signifie : what you see is what you get. Autrement dit, la réalité n'est autre que ce que l'on a sous les yeux! Rien d'autre ... Mauvaise nouvelle à première vue, à seconde vue également. Il n’y a tout simplement pas de paradoxe à résoudre : la douleur est douloureuse, point. Fin de l’histoire.
Une histoire d’un autre genre m’aidera peut-être à expliquer cette différence de perception : il y a quelques années, à l’université, quelques-uns d’entre nous avons vu le film « Romero ». Je fus profondément inspiré par cette histoire d’un archevêque nommé à son poste parce qu’il n’irait pas remettre en question les confortables relations entre l’Église et l’État au Salvador; mais graduellement, tandis que son regard s’ouvrait à la réalité des injustices dont il était témoin, il s’éleva pour les dénoncer; on le fit taire : martyrisé pour sa défense des pauvres, il garda en vie le souvenir sacré d’une autre sanglante victime, 2 000 ans plus tôt.
Des morts tragiques sans aucun doute, mais précisément pour cette raison, Romero et Jésus me donnent de l’espoir : la tragédie de la mort injuste de Romero est rachetée par la foi. La victime est en fin de compte le vainqueur. Sa vie et sa mort en font le témoin du triomphe de la vie sur la mort. Donc : un film porteur d’espoir.
Cependant, tous n’ont pas vu le film de cette façon : pour l’un d’entre nous qui ne partageait pas ma foi, ce film n’était qu’une tragédie sans transcendance. Rien de plus. Pour elle, il n’y avait pas de fin heureuse. Dans la lutte entre bien et mal, les bons avaient perdu. J’ai soudainement pris conscience que face à la souffrance et au tragique, l’unique différence entre l’espoir et le désespoir est la foi, les croyances profondes.
À L’Arche, les dogmes venus d’en haut et prêts à l’emploi ne servent pas à grand-chose pour ce qui est de la formation de nos croyances essentielles. Elles viennent plutôt de l’expérience vécue; on les met en question, on les partage, on y réfléchit.
La question demeure : comment transmettre notre foi en la communauté, etc. à une société sceptique qui dans son ensemble ne partage pas notre expérience? Certains doutent que ce soit même possible : « pour ceux qui croient, aucune explication n’est nécessaire; pour ceux qui ne croient pas, aucune explication n’est possible 1».
Dans le contexte de L’Arche, cependant, cela justifierait de ne rien faire, ce qui n’est pas envisageable. D’un autre côté, tout en acceptant que partager notre message est un travail ardu, je crois qu’une discussion plus ouverte sur nos croyances profondes nous aiderait à les exprimer avec davantage d’assurance et nous rendrait moins vulnérables à la tentation de naturaliser hâtivement l’extraordinaire. Sans cette définition de ce en quoi nous croyons vraiment, il est facile de glisser dans les absurdités suivantes :
Vues hors de leur contexte, ces affirmations se révèlent dépourvues de sens. Enfin, j’espère?Ce n’est pas le genre de choses que l’on soutiendrait à L’Arche, même emportés par notre vision, pas vrai? Mais comme John Gray (de « Mars and Venus ») le souligne, la règle d’or de la communication est la suivante : ce qui importe n’est pas ce qu’on dit, mais ce que les autres entendent. Et si vous croyez que ce n’est qu’une phrase accrocheuse tirée d’un bouquin de psycho-pop, détrompez-vous : on me la répétait régulièrement dans mes cours de pédagogie il y a quelques années : « ce n’est pas ce que vous enseignez, mais ce que les enfants apprennent ».
En d’autres mots, ça n’a tout simplement pas d’importance que la vision de L’Arche soit suffisamment forte pour changer radicalement notre manière de voir la vie… ça n’a pas d’importance qu’elle puisse radicalement remettre en question plusieurs valeurs de notre société : dans les faits, notre vision n’améliorera jamais quoi que ce soit, tant et aussi longtemps que notre discours sera perçu comme truffé d’absurdités défiant le sens commun.2
4. Le modèle de L’Arche : la vie cachée de Nazareth plutôt que le ministère public de Jésus
Au cœur du problème de L’Arche avec la publicité se trouve une question non résolue : dès le commencement, L’Arche était – et est toujours – vue comme une représentation de la vie cachée de la Sainte Famille à Nazareth, et non du ministère public de Jésus.
Que vous et d’autres dans votre communauté en ayez conscience ou non, je soutiens que le modèle nazaréen exerce néanmoins une profonde influence sur la vie de votre communauté. La quadrature du cercle est la suivante : comment proclamer une vie essentiellement cachée tout en respectant l’intégrité de cette dernière?
Il serait difficile d’exagérer l’importance de la perspective nazaréenne dans la compréhension que L’Arche a d’elle-même. Ce fut exprimé avec insistance et autorité à Trosly dans les sermons du Père Thomas qui, avec Jean, a tracé les grands axes de la spiritualité de L’Arche.
Il était naturel pour le Père Thomas, en héritier de Saint Dominique, d’assimiler le rôle des assistants de L’Arche à celui de Marie, mère de Jésus : lui donner la vie, pour qu’elle donne la vie à son fils; aux côtés de Jésus dans son enfance; prenant soin de lui; guidant ses premiers pas; conservant beaucoup de petites choses dans son cœur; l’encourageant doucement dans son nouveau ministère à Cana; souffrant en silence sous sa croix; appelée à être membre fondatrice, avec les Disciples, de la nouvelle famille d’Alliance de Jésus : « fils, votre mère; mère, votre fils! »
Est-ce exagéré de dire que pour le Père Thomas, Marie était la « co-fondatrice spirituelle » de L’Arche? Sa vie était à tout le moins le parangon de l’abnégation stoïque, un modèle pour plusieurs d’entre nous que le modèle nazaréen attire : nourris par la spiritualité de Charles de Foucauld, certains assistants s’engagent en effet à L’Arche dans une poursuite de la vie nazaréenne. Je me réjouis que cela soit possible à L’Arche. Cependant, je crois que le modèle nazaréen d’une vie cachée au coeur de L’Arche ne se prête pas aisément à la publicité sans en subir de dommages.3
5. Il est difficile de décrire un message « entendu » par le cœur plutôt que la tête, et qui pour cette raison peut être très personnel.
Les personnes avec une déficience transmettent souvent leur message de confiance et d’acceptation sans utiliser les mots ou les moyens de communication habituels. Ils ne le peuvent que par une relation im-médiate : comment puis-je traduire une expérience personnelle de relation vécue sans paroles en un message verbal/visuel cohérent et adressé à un plus large public, qui demeurerait fidèle à mon expérience à L’Arche tout en étant compréhensible pour les autres?
Plusieurs d’entre font l’expérience d’une « guérison personnelle » à L’Arche : je la vois comme la première étape du processus de transformation mentionné dans la Déclaration d’Identité et de Mission : être accepté comme nous sommes nous fait croître. À L’Arche, cette acceptation personnelle est souvent entre les mains d’une personne avec une déficience qui est parvenue à toucher notre cœur avec sa propre acceptation de soi, son courage et sa confiance face aux changements : des guérisseurs et révélateurs de vérité, dont le pouvoir est inséparable de leur nature « blessée ».
La seconde étape de la transformation survient au moment précis où nous comprenons que nous sommes invités à ouvrir notre cœur et voir le monde d’un œil nouveau. Notre guérison nous pousse vers une nouvelle manière de vivre et de voir le monde, la vie, nos relations : c’est dangereux : où cela nous mènera-t-il?
La troisième étape de la transformation commence lorsque, maintenant conscients de la division du monde et de son besoin d’être guéri, nous prenons conscience de notre responsabilité d’être des pacificateurs. Nous sommes invités à prendre des risques pour la paix dans notre église, notre foyer, notre rue, notre lieu de travail, notre environnement, même dans nos propres corps et âme.
Mais comment? La manière de voir les choses et le style de vie d’une personne sont probablement les expression les plus simples et éloquentes d’un changement intérieur : « que ma vie parle pour elle-même », et nous voilà de retour à Nazareth. Mais il n’est pas facile de donner de la signification à ces mots sans paraître fade ou banal ni se poser en juge. Jean y parvient, mais combien ont ses dons?
Bien entendu, la formation et l’accompagnement peuvent aider à la compréhension rationnelle d’une expérience et à sa verbalisation; mais lorsqu’on en vient à partager le message, je crois que nous manquons généralement de pratique et de confiance. D’autres questions doivent être résolues : par exemple, une certaine ambivalence face à « la pensée et la parole » qui provient parfois d’une sur-identification déplacée aux personnes a
vec une déficience intellectuelle. Il est compréhensible aussi d’avoir des doutes sur ce en quoi le message devrait consister, lorsque nous ne parlons pas que pour nous mais aussi au nom de L’Arche.
RÉSUMÉ
Il y a au moins trois excellentes et incontestables raisons de transmettre notre message :
Premièrement, en termes pratiques, nous aurons besoin d’un soutien toujours plus grand du public dans notre travail, afin de répondre à nos engagements et continuer de croître.
Deuxièmement, nous avons une responsabilité face aux nombreuses personnes qui attendent d’entendre notre message d’espoir libérateur. La puissance de ce message transparaît dans les vies qu’il a changées et l’espoir nouveau qu’il a amené dans le monde. Troisièmement, si nous ne persistons pas à montrer le sens de notre expérience à la société dans des termes qu’elle comprenne, nous cesserons tout simplement d’avoir du sens, même pour nous. Nous expliquer à notre société est une utile confrontation avec la réalité pour les visionnaires que nous sommes!4 Donc, voici peut-être les raisons pour lesquelles nous ne parvenons pas à transmettre notre message.
a. Les situations de crise auxquelles les communautés font souvent face.
b. La difficulté de transmettre un message authentique de L’Arche par l’entremise de médias dont les objectifs et les valeurs concordent rarement avec les nôtres.
c.Notre message, bien qu’il semble simple, requiert en fait beaucoup de soin pour éviter les mauvaises interprétations.
d.La question non résolue de comment « annoncer » une vie nazaréenne cachée.
e.La difficulté de verbaliser un message reçu non-verbalement, par une expérience directe.
Cette liste n’est pas exhaustive. Vous aurez sûrement d’autres idées, et j’espère pouvoir les lire.
RECOMMANDATIONS
La première recommandation est déjà réalisée! En engageant des communicateurs professionnels, L’Arche a clairement franchi une étape symbolique et pratique dans la bonne direction. Peut-être avons-nous cru naïvement que nous achetions, par analogie, une voiture prête à l’emploi! Ce que nous avons reçu, en fait, est un kit de montage : il doit encore être assemblé correctement, et si l’on veut aller dans la direction souhaitée, encore faut-il que le conducteur – L’Arche – soit clair dans ses instructions!
Deuxièmement, L’Arche a besoin d’une théologie de la communication; cela nous aiderait à respecter le « modèle nazaréen » de communauté, ainsi qu’à développer une compréhension plus vaste de notre mission et d’en quoi répandre la parole de L’Arche est partie intégrante de ce que nous faisons.
Troisièmement, étant donnés la spécificité de L’Arche et la possibilité d’interprétations erronées, des outils de formation théorique et pratique devraient être élaborés et mis à la disposition de tous les niveaux des communautés.
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Notes de bas de page
1. Dernière réplique d’une film des années 60, “La chanson de Bernadette”, sur cette pauvre sainte et le miracle de Lourdes. (Retour au texte)
2. Bien sûr, j’admets que personne ne peut complètement contrôler l’interprétation des autres, comme Jean l’a découvert lorsque quelqu’un a courageusement invité sa grande soeur Thérèse à l’aider à traduire vers l’anglais lors d’une retraite d’Alliance qu’il donnait! (Je me trompe peut-être, mais je ne me souviens pas qu’on ait demandé à Thérèse de le refaire.) Nous avons par contre la responsabilité de réduire le risque de mauvaises interprétations en étant aussi clairs que possible, au sujet à la fois de ce qu’est le message de L’Arche et de ce qu’il n’est pas. Souvenez-vous, ce qui importe n’est pas ce que vous dites, mais ce que votre interlocuteur entend. S’il entend quelque chose d’une bizarrerie patente, L’Arche en perd de sa crédibilité. (Retour au texte)
3. On pourrait affirmer que même si l’image nazaréenne a prédominé à Trosly, elle ne peut avoir autant d’influence ailleurs dans les communautés. Cependant, cela ne prend pas en compte l’unité organique de L’Arche à travers le monde. Sans visiter toutes et chacune des communautés, je vous parie une crème glacée que pour chacune, l’expérience Trosly-Nazareth fut fondatrice. En d’autres mots, partout dans le monde où le corps de L’Arche se trouve, l’âme nazaréenne de la communauté aura été conçue à Trosly-Breuil. Avons-nous donc abordé la question de la communincation de notre message jusqu’à présent? La réponse est simple: en terme globaux, la communication externe du message – c.-à-d. le ministère public – a été largement confiée à Jean Vanier, avec Henri Nouwen en second. Bien sûr, il y eut des initiatives locales imaginatives, mais jusqu’à la nomination de Tina Bovermann, d’Arno Thijs et d’autres responsables des communications, le secteur des communications de L’Arche Internationale était largement laissé à lui-même. (Retour au texte)
4.Je me souviens d’une rencontre avec un homme d’affaires qui songeait à se joindre à un Conseil d’administration de L’Arche. Comme d’habitude, je me suis un peu laissé emporter dans mon explication de notre fascinante vision, et de pourquoi nous étions à un pas de la paix mondiale. Ses hochements de tête et ses sourires m’indiquaient que mon enthousiasme était communicatif, et j’étais fier de mon éloquence persuasive. Quelques minutes plus tard, nous nous sommes séparés pour rencontrer d’autres gens venus au rassemblement. Jetant un regard vers cet homme, je l’entendis dire à un autre membre de C.A. potentiel: “ils sont tous très charmants, n’est-ce pas, ces gens de L’Arche?” Une autre dose d’orgueil. La suite me ramena cependant sur Terre: pointant subrepticement du doigt l’endroit où j’étais, il continua: “mais certains d’entre eux sont complètement cinglés!!” Heureusement, cette expérience ne l’empêcha pas de devenir un membre du C.A très efficace! (Retour au texte)
Ne manquez pas la semaine prochaine la conclusion de cette série
| 25 août |
5. |
Quel est le message de L'Arche sur la déficience et la vie communautaire |
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