En février, l'armée canadienne est venue en aide à la communauté de L'Arche à Carrefour. Les soldats ont installé des tentes, apporté de la nourriture et ils ont fait des tranchées afin de permettre de canaliser l'eau et ainsi réduire les risques d'inondations.
Avec la saison des 'petites pluies' qui s'étend d'avril à mai et qui précède la saison des 'grandes pluies', déjà ces tranchées ne suffisent plus. L'eau pénètre dans les tentes et les lits ont été surélevés sur des briques afin de ne pas se réveiller les pieds dans l'eau. Ici et là, les vents ont déchirés les toiles des tentes.
La période des cyclones débute en juin. Avant que soit entrepris la reconstruction ou peut-être la relocalisation de la communauté, il faudra passer à travers cette rude épreuve. 80% des bâtiments n'étant pas habitables, la construction d'abris préfabriqués et démontables devient incontournable. Il faut trouver les 30,000$ nécessaires à l'achat des trois abris ainsi qu'une main d'oeuvre compétente et capable de consolider les structures. La situation est très urgente.
Les membres les plus fragiles et vulnérables de la communauté sont accueillis actuellement à L'Arche Chantal. Plus de la moitié ont quitté Port-au-Prince dont Jolibois et Esther. Esther, qui est aveugle, ne pouvait plus se déplacer facilement sur le terrain où plus d'une soixantaine de voisins ont été accueillis et se sont installés.
Jacqueline la responsable de communauté gère maintenant plus qu'une communauté mais un petit village. L'argent reçu sert avant tout à assurer les besoins primaires de ce petit village qui demeure un oasis de paix dans la ville de Port-au-Prince.
Du point de vue logistique, les ententes avec les organisations internationales permettent d'assurer l'approvisionnement en nourriture de la communauté. L'essence est cependant extrêmement rare et pose des problèmes de logistiques récurrents dans une situation souvent précaire. L'atelier où l'on fabrique le 'mamba' (beurre d'arachides) a repris et accueille à nouveau les externes qui ont grandement besoin d'un lieu où ils peuvent se rassembler et sentir le réconfort de la vie communautaire.
Par contre, l'écoulement des stocks de 'mamba', produit à l'atelier, est extrêmement difficile puisque la clientèle des boutiques et des petits marchés qui était assez importante, a disparu. L'atelier continue à fonctionner, mais sans pouvoir retirer de revenus de son labeur.
De même, l'école Ké Konten dont le bâtiment a été épargné, est à nouveau opérationnelle et accueille quotidiennement 16 enfants touchés par une déficience intellectuelle.
Plus que jamais, L'Arche Carrefour est un lieu de rassemblement et d'espérance. Avec le peu qu'elle a, L'Arche arrive aujourd'hui à aider beaucoup de gens du quartier qui viennent chercher eau, nourriture et réconfort. Lors des célébrations pascales, plus de 100 personnes s'y étaient rassemblée pour le lavement des pieds.
La vie continue malgré tout. De petites secousses se font sentir encore et entretiennent le climat d'insécurité. Il y a aussi la délinquance qui se multiplie et qui, la nuit, empêche de dormir sur ses deux oreilles. Des coups de feu se font entendre régulièrement. Les murs qui se sont effondrés ne protègent plus l'enceinte de la communauté. Des rôdeurs cagoulés ont pénétré quelques fois sur le terrain de L'Arche durant la nuit.
Evelyne Bézier, présidente du Conseil d'administration, s'est rendue à Bruxelles au mois de mars à la demande de l'Union européenne pour représenter les 'sans-voix' dans une réunion sur l'aide humanitaire à Haïti. Le Conseil d'administration qui a été fragilisée par le tremblement de terre et notamment par le décès de deux de ses membres, doit être reconstitué. Ses membres vivent eux aussi sous la tente et dans des conditions très difficiles.
Isabelle Robert, coordinatrice déléguée pour Haïti, se rend maintenant régulièrement à Port-au-Prince (1 fois aux 6 semaines) pour encourager et soutenir le leadership de la communauté. De retour, il y a quelques jours, elle nous confiait que les gens là-bas sont fatigués mais sereins et, surtout, que l'esprit de L'Arche est toujours très vivant dans le coeur de chacun et au sein de la communauté.
Quant aux incroyables assistants haïtiens qui pour la plupart viennent de milieux très pauvres ou défavorisés, ils ont conscience qu'ils font bien plus qu'aider L'Arche. Ils croient profondément qu'en étant à L'Arche, c'est tout le peuple haïtien qu'ils soutiennent et qu'ils aident car pour eux, il ne fait aucun doute qu'Haïti a besoin de L'Arche.
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